Manifestation de Bruxelles

Manifestation de Bruxelles

  • Signé Lilou la Chouette

Manifestation ou mobile d’arrestation à Bruxelles ? C’est le cœur en révolte que j’écris ces quelques lignes mes Pidous. Il est de mon devoir de partager mon expérience, notre expérience de ce dimanche 24 janvier 2021.

Tout commence dans la légèreté, impatiente de retrouver les Pidous, mes bananes dans le sac, je me dirige vers Bruxelles afin de récolter des signatures pour l’Initiative Citoyenne. Je suis également là pour manifester contre les violences policières. Arrivée Gare Centrale, je me sens littéralement oppressée, un dispositif impressionnant des forces de police a été mis en place. Je dois me faufiler entre des armes à feu, slalomer entre les chiens agressifs et des regards méprisants me suivent… Merci, je ne me sens plus en sécurité, je me sens comme une hors la loi, je me sens comme une proie.

J’arrive enfin au lieu de rdv, le Mont des Arts, tout un symbole. Ce lieu dédié à l’expression sous toutes ses formes, l’art…un exutoire. Je suis triste de voir plus de policiers que de manifestants, je lève les yeux au ciel et aperçois au loin un hélicoptère et un drone, je balaie l’horizon à 360° et tout ce que je vois est intimidant. Sommes-nous en état de guerre ? En état de siège ? Cette petite place est parsemée de citoyens pacifistes, des jeunes, des moins jeunes… A peine arrivée que j’entend que nous pouvons manifester 45min puisque c’est une manifestation « tolérée ». Je ne sais pas si je dois pleurer et faire le deuil de ma liberté ou rire aux éclats à ce sketch que Coluche aurait pu écrire! Quelques interventions se font à la hâte que nous devons déjà évacuer cette place qui est pourtant PUBLIQUE.

La police très à cran et prend pour cible un citoyen assit sur la place, il est serein, il inspire le respect, il me fait sourire. La police est méprisante et agressive, les agents le bousculent, jettent sa chaise, l’homme impassible, la ramasse calmement mais les policiers la lui confisquent. Deux policiers avec leurs chiens hypers excités escortent ce jeune homme. C’est violent, insupportable d’injustice. La place se vide assez rapidement mais c’était sans compter sur les troupes postées à chaque coin de rue… Nous sommes redirigés, pris au piège. Nous ne pouvons pas nous disperser, l’itinéraire à suivre est décidé par la police. Nous cherchons un moyen de circuler sans nous agglutiner afin de respecter les mesures sanitaires imposées mais sans succès.

Une jeune femme devant moi met de la musique… et là, bardaf, c’est le drame. Des policiers en civils l’empoignent violemment éteignent le baffle et commencent à frapper dans la foule qui demande à ce qu’on relâche cette jeune femme ou du moins qu’on ne la brutalise pas. Les policiers sortent la bombe lacrymogène mais n’en font pas usage. C’est à ce moment là que tout a dégénéré, un mouvement de foule sort du sas menant à la Gare Centrale, des aboiements, des cris, des bombes lacrymogènes utilisées sur les citoyens, un homme est mordu… nous courrons pour remonter vers le Mont des Arts et là, sous mes yeux, un jeune homme se fait renverser par une voiture de police. La scène est surréaliste, des policiers matraques en main se ruent vers lui. Le jeune homme effrayé et en état de choc se relève tant bien que mal et s’enfuie. On entend des « dégage », « casse toi », « fais pas le malin », la police a un vocabulaire assez restreint, ils ne font ni preuve d’éloquence, ni de bienveillance. Nous sommes poussés à nous rendre vers la Gare Centrale où les services de l’ordre public condamnent toutes les issus. certains réussiront à passer pour les autres, ils resteront un long moment immobilisés, photo et copie de la carte d’identité. C’est un climat d’insécurité et oppressant qui est instauré. Quel crime avons nous commis? Elever nos voix contre une injustice qui se répète et qui devient une normalité est-ce un délit? Utiliser notre droit à la liberté d’expression est-ce devenu une provocation? Avons-nous que des devoirs et obligations? Sommes-nous contraints d’être réduits au silence.

Je suis une Chouette, j’observe, j’analyse, et je constate. Je constate avec regret que la chasse était ouverte et que nous étions le gibier; Je constate que j’ai été face à beaucoup d’ armes à feu, casques, boucliers, auto pompe, chiens… et que nous, les citoyens, nous ne sommes pas une menace pour le pays; Je constate que nous ne pouvons plus emmener nos enfants dans des manifestations sans risquer un traumatisme, une morsure, un « accident » de voiture , une arrestation abusive; Je constate que les gardiens de la paix ne peuvent instaurer la paix arme au poing.

Je retourne chez moi le cœur lourd mais ma détermination en est renforcée, nous allons changer les choses pour la future génération. Nous leur devons au moins ça! Houba Houba!

Lilou la Chouette

3 réponses

  1. Michel MASSART dit :

    Lilou la Chouette, j’aime beaucoup ton témoignage. Il est éclairant sur ce qui nous attend dimanche prochain (31 janvier) et sur certaines parades envisageables. Effectivement, nous devons continuer pour notre liberté et pour assurer un monde vivable aux générations à venir.

  2. Petit Pidou dit :

    Face à ce dialogue se sourd de la part des autorités, il paraît évident que l’envie d’être moins pacifistes se fait sentir. J’ose encore croire qu’on peut être entendu pacifiquement… J’ai bien dit : « J’ose encore y croire… »

  3. Serge dit :

    C’est tout-à-fait exacte, dès lors il faut être capable de s’organiser dans les manifestations pour ne plus être des moutons ! S’organiser pour être plusieurs petits groupes très mobiles se dispersant rapidement pour se réunir très rapidement plus loin mais ne jamais ce laisser encercler et tenir le plus longtemps possible ! Mais les manifestations moutons c’est ridicule, inefficace humiliant et finalement démotivant…

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